Sur le plateau du Neubourg, en Normandie, un appel vibrant résonne depuis les terres verdoyantes où le chanvre croît silencieusement. Jérôme Lecoq, cultivateur serein et secrétaire du réseau France Cannabis, porte la voix d’une filière en pleine croissance mais encore fragile. Face à l’emprise grandissante des industriels étrangers, il réclame une régulation claire et protectrice pour les petits producteurs français de CBD ainsi que pour la santé des consommateurs. Cette « alarme chanvrière » traduit une inquiétude profonde dans une profession qui refuse d’être reléguée au second plan dans un marché désormais mondial.
La réalité du marché du CBD en Normandie : entre concurrence étrangère et défis locaux
L’activité de production de CBD s’installe progressivement en Normandie, incarnée par des acteurs comme NormandyCBD, Biocan et Hemp Serenity. Pourtant, ces petits cultivateurs doivent composer avec la concurrence féroce des géants étrangers venus d’Italie, de Suisse ou de République tchèque. Ces derniers dominent environ 80 % du marché en France, avec des pratiques commerciales parfois douteuses et des étiquetages peu transparents.
Cette situation pose un problème majeur aux petits exploitants locaux qui, à l’image de Jérôme Lecoq, exploitent des volumes modestes — parfois seulement quelques centaines de plants — mais misent sur la qualité et les circuits courts, comme le revendique la démarche SécuriChanvre. Face à eux, des producteurs pouvant cultiver jusqu’à 60 000 plants, souvent bénéficiant d’un taux de TVA avantageux et d’une meilleure visibilité auprès des autorités fiscales.

Un appel pour une réglementation renforcée et équitable
Le cœur de l’« alarme sanitaire » concerne l’absence d’un cadre juridique stable qui protège aussi bien les cultivateurs artisanaux que les consommateurs. Le réseau France Cannabis propose une réforme visant à créer une appellation artisanale réservée aux petits producteurs, valorisant ainsi la qualité et les pratiques durables. Cette initiative pourrait mettre en lumière des entreprises comme Santé Verte et Chanvre Solution, engagées pour un chanvre authentiquement normand.
Jérôme Lecoq souligne également la nécessité d’une harmonisation fiscale nationale. Aujourd’hui, la disparité des taux de TVA entre 5,5 % et 20 % génère une inéquité de traitement, aggravée par les moyens financiers très inégaux des acteurs en présence. Les gros producteurs disposent de ressources juridiques pour faire face aux contrôles, alors que les petits sont vulnérables, un déséquilibre que la proposition de France Cannabis souhaite corriger.
Les risques sanitaires : un enjeu majeur pour la filière CBD en France
Au-delà des batailles économiques, une urgence sanitaire se dessine. En 2022, 10 % des Français adultes et jusqu’à 17,5 % des 18-34 ans consommaient du CBD, selon une étude de Santé Publique France. Pourtant, la provenance étrangère majoritaire du produit (de 80 %) pose question quant à la qualité et à la sécurité. Le seuil légal du THC en France est de 0,3 %, largement inférieur à celui appliqué ailleurs en Europe (1 %).
Les producteurs étrangers, pour se conformer à la réglementation française, ajoutent souvent des solvants chimiques pour diluer leurs produits, ce qui altère la saveur et peut présenter des risques sanitaires. De plus, certains intègrent des molécules synthétiques comme le HHC ou le THCP pour reproduire des effets euphorisants, méconnus des consommateurs et potentiellement dangereux.
Cette situation justifie l’augmentation proposée du seuil légal de THC à 1 %, afin de permettre une production nationale compétitive avec une meilleure qualité intrinsèque. Un changement qui appuierait la dynamique locale autour de labels comme CBD Régulier et EcoAlarme Santé, garantissant la transparence et la sécurité pour les usagers.
Les enjeux sanitaires devraient aussi inspirer une vigilance accrue à la publicité et à la communication autour du CBD. Le réseau plaide pour l’interdiction des messages trompeurs qui assimilent le CBD à un stupéfiant et des campagnes marketing ciblant les jeunes, souvent présentées comme des produits récréatifs ou bonbons, envoyant des signaux ambiguës aux consommateurs.
Une filière française à construire : l’avenir de la culture du chanvre en Normandie
Le combat de Jérôme Lecoq est aussi celui d’une région spécialisée dans les productions agricoles responsables, où le chanvre pourrait s’inscrire comme une référence. Avec un climat favorable et des talents agricoles grandissants, la Normandie peut devenir un pionnier de la production éthique et durable de CBD si les autorités saisissent l’opportunité d’établir un cadre clair et protecteur.
Des acteurs comme Cultivateur Serein montrent déjà la voie en associant tradition, innovation et respect de l’environnement. Mais l’heure est à une mobilisation collective pour faire reconnaître cette filière et concrétiser les ambitions françaises dans un marché estimé à près d’un milliard d’euros et promettant 1,5 milliard d’euros d’ici 2030.
Pour approfondir les réflexions sur les risques liés au cannabidiol, notamment durant la grossesse, ou découvrir la dynamique concurrentielle des petits producteurs face aux groupes industriels, consultez les ressources disponibles sur les risques du cannabidiol et la concurrence dans la production de CBD.




